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89Ceux qui y habitent,
ceux qui y travaillent,
ceux qui l’animent
et ceux qui le cultivent...
Les anciens, les nouveaux, les jeunes,
... un village bariolé !

Là, est mon village

le .

Je suis née dans une grande ville plus à l’ouest de la France et n’ai vécu pendant trois décennies que dans des villes. L’idée du village a longtemps été pour moi un peu surannée. Il ne représentait que le lieu en bord de mer où, enfant, je passais mes vacances participant avec délectation aux rivalités enfantines entre vacanciers et autochtones.

Entamant ma vie d’adulte, j’ai comme beaucoup préféré poser mes valises dans un environnement plus campagnard qu’urbain pour construire ma famille. J’ai alors redécouvert le village… Le village, les voisins, les parents d’élèves, les potins, les évènements heureux et les drames de cette petite communauté. Finalement, je me sens bien chez moi dans ce bourg mais je n’y ai pas mes racines, je n’y respire pas mes ancêtres et mon terroir comme d’autres le peuvent. Depuis que mes enfants ont quitté l’école primaire, je ne participe plus vraiment à la vie collective des villageois.

Mais alors, où est mon village ? Est-ce la région d’origine de ma famille, la ville où je suis née, la communauté de mes collègues de travail, un lieu encore inconnu que je découvrirai peut-être un jour ? Ai-je aussi le sentiment de n’être pas tout à fait là où je devrais parce que « je ne suis pas d’ici » ?


Dernièrement, j’ai déjeuné à Saint-Palais avec mes collègues de cette agence. En arrivant au restaurant, nous avons accueilli un autre convive, apparemment de l’Equipement. Plusieurs discussions se sont entamées et je n’ai pu que remarquer combien tous se connaissaient et connaissaient le cousin du mari de l’associé du Gaec M... qui vit dans tel village, gère ou pas la commune, nettoie ou pas les rives des ruisseaux et rivières, a assisté au départ à la retraite de M. X, « mais si, tu sais, celui qui t’avais octroyé l’aide « nnn » pour le dossier Y », le tout ponctué de nombreuses tirades en basque. Et j’ai pensé : « le Pays Basque intérieur ne serait-il qu’un immense village où tous se côtoient et où tout se sait ? » Et dans ce gros village, chacun vit dans son petit village avec toutes les péripéties
qui ont émaillé son histoire.

Là je suis battue à plate couture ! Jamais où que j’aille je n’aurai ce degré de savoirs sur le lieu et les gens.

Cependant, même si je n’ai pas de village privilégié, je me sens quand même d’un endroit, ou plutôt d’une région, là où je suis née, d’où viennent mes parents. Quand j’y retourne, je retrouve leurs façons de parler, leurs tournures de phrases, quelques comportements et façons d’être qui sont propres aux gens de cette contrée et si différents d’ici. C’est ce qui a bercé mon enfance et finalement cela représente pour moi MON village.

Au village... un métier « public » !

le .

Agriculteur est un métier qui, de fait, s’exerce au vu et au su de tout le monde. De la même manière qu’un peintre, un maçon, sont soumis au regard et donc au jugement des voisins et clients potentiels dès lors qu’ils travaillent en extérieur,

les agriculteurs qui commercialisent en vente directe ou en circuit court ; en contact permanent avec des clients qui ne sont ni de grandes coopératives, ni des grossistes, mais des individualités ; ont une pression directe quant à leur travail, endossant la responsabilité de la qualité du produit, mais aussi de la manière de le produire, de l’image qu’ils donnent en tant que personne, et consécutivement de l’image qu’ils donnent du monde agricole en général. Ouf !

N’est-ce pas d’ailleurs ce ressort qui est utilisé en ce moment, à l’heure où les agriculteurs sont régulièrement mis en avant dans les médias, la publicité, au-dessus de l’étal du boucher et sur les briques de lait ? C’est bien la preuve que les consommateurs sont plus enclins à accorder leur confiance quand il existe un lien avec le producteur, ne serait-ce que sa photo dans les étalages. Un professionnel qui s’affiche ainsi est forcément garant de son produit.

C’est cette même relation individualisée entre chaque consultant et ses clients que nous nous attachons à entretenir. Ne nous y trompons pas, au final, ils sont seuls juges de notre travail ! Tous les métiers exercés localement sont source d’une multitude de services rendus, appelant naturellement des contreparties, qui sont autant d’occasions de se croiser, de discuter, et peut-être même de se comprendre.

Cette pression sociale, parfois perçue comme un poids, est un des ciments qui permet le vivre ensemble : un minimum de responsabilité et d’intérêt à l’égard des tiers, et par extension un minimum d’implication dans la vie du village ou de la communauté.

Carte postale

le .

Allumés les postes de télévision
Verrouillées les portes des conversations
Oubliés les dames et les jeux de cartes
Endormies les fermes quand les jeunes
partent
Brisées les lumières des ruelles en fête
Refroidi le vin brûlant, les assiettes
Emportés les mots des serveuses
aimables
Disparus les chiens jouant sous les tables
Déchirées les nappes des soirées de noce
Oubliées les fables du sommeil des
gosses
Arrêtées les valses des derniers jupons
Et les fausses notes des accordéons
C’est un hameau perdu sous les étoiles
Avec de vieux rideaux pendus à des
fenêtres sales
Et sur le vieux buffet sous la poussière grise
Il reste une carte postale
Goudronnées les pierres des chemins
tranquilles
Relevées les herbes des endroits fragiles
Désertées les places des belles foraines
Asséchées les traces de l’eau des
fontaines
Oubliées les phrases sacrées des
grands-pères
Aux âtres des grandes cheminées de
pierre
Envolés les rires des nuits de moissons
Et allumés les postes de télévision
C’est un hameau perdu sous les étoiles
Avec de vieux rideaux pendus à des
fenêtres sales
Et sur le vieux buffet sous la poussière
grise
Il reste une carte postale
Envolées les robes des belles promises
Les ailes des grillons, les paniers de
cerises
Oubliés les rires des nuits de moissons
Et allumés les postes de télévision
Allumés les postes de télévision

Francis CABREL

L’esprit de village

le .

L’imaginaire commun place le village à un endroit particulier et différent selon les générations auxquelles nous nous confrontons. Aujourd’hui, la notion de village est souvent associée à convivialité, qualité de vie, richesse relationnelle, contact étroit avec la nature, activités saines...

Penchons-nous sur la genèse du village et observons les années passées. Le village est alors une communauté d’individus qui vivent ensemble dans un espace plus ou moins réduit, condamnés à évoluer en commun. La sagesse populaire dit bien qu’il vaut mieux être fâché avec sa famille qu’avec son voisin. Tout est résumé dans cette phrase ! Les gens n’avaient pas le choix, ils devaient coexister. Ils n’avaient même pas le droit à l’indifférence puisqu’ils étaient solidaires pour l’organisation de leurs activités économiques, sociales, culturelles, familiales... Il s’agit d’un mariage de raison dont il a fallu enchanter un peu l’existence. Or aujourd’hui il n’y aurait plus que des mariages d’amour….

Des décennies, voire des siècles de vie villageoise, ont installé des habitudes, des coutumes, qui dépassent le libre arbitre personnel.

Bien sûr des règles régissent cet état de fait. Une certaine lourdeur est inhérente au système mais c’est aussi un bijou de prévenance mutuelle, en terme de voisinage comme en terme intergénérationnel.

La patine du temps polit la société et chacun se plie aux règles de bonne grâce... puisqu’il n’y a pas d’autre alternative ! Il serait illusoire de croire que les gens sont meilleurs ou différents. La nature humaine reste toujours la même, les envies et passions ne diffèrent pas, le village représente juste une « canalisation adaptée » ! Ce n’est pas un idéal, c’est une solution. Appelons cela « l’esprit de village »

La modernité est arrivée là-dessus avec le triomphe de la remise en question et tout ce que l’on a connu depuis les années 60. Le village s’est retrouvé marginalisé, relégué au statut de fossile. Il n’avait aucune chance face à des vérités triomphantes et des bonnes raisons assassines. Il n’était plus adapté à un mode de et de pensée contemporain. Pourtant la société s’interroge ; elle n’arrive pas à trouver de vraies solutions pour installer du lien social et du vivre ensemble.

Je pense que le village n’a pas dit son dernier mot et qu’il faut le revisiter pour en extraire des idées, les dépoussiérer au plus grand profit
d’un aujourd’hui en gestation difficile. En quoi cela nous avance t-il d’accorder toute liberté à l’individu si nous ne pouvons lui assurer une
toute petite partie de rêve ? Comment allons nous faire pour persuader une jeunesse que le plus beau est toujours devant et à construire par leur engagement ? « Vivre – village » pourrait s’inscrire dans un art de vivre qui équivaudrait à ce qui est largement admis aujourd’hui comme faire du sport, se passionner de culture, voire manger bio. Des gens pourraient consentir des abandons de souveraineté pour trouver ou retrouver un vivre ensemble qui aurait saveur et sens...

Ferment d’une vraie vie villageoise...

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La sémantique n’est pas innocente, plus personne n’habite un lieu ; nous sommes devenus des résidents.

Tout l’objet de notre propos est de faire habiter les villages par leurs résidents.

Entendons-nous bien : de quel type de village parle-t-on ?

Parlons d’un village où il fait « bon vivre » ! Un village agréable ne dépend pas d’un climat complaisant, d’une géographie offrant des paysages bucoliques, pas plus que d’une position par rapport à l’urbanité : pas trop loin pour profiter des avantages de la citadinité, suffisamment pour y goûter le calme.

Le village c’est la qualité de vie des gens ensemble, qui ont plaisir à se fréquenter, recherchant la compagnie les uns des autres, enclins à développer des projets communs, économiques ou tout simplement pour le plaisir de fréquentations ordinaires.

Pour créer ce climat, il faut un contexte : l’activité et le travail restent le principal moteur de vie du village. Des personnesayant leur famille et leur travail sur place sont naturellement plus enclines à investir leur
temps et leur énergie au profit du collectif ! Elles permettent la vie des « institutions » telles que le bistrot où les gens se retrouvent avant d’embaucher ou après la journée de travail pour boire un coup, s’apostropher, évoquer la rudesse de leur travail, les aléas de leur vie… ou encore la vie de l’école, la prochaine sortie festive à organiser…

Voilà la vraie saveur du village et probablement la seule forme acceptable et épanouissante qui puisse rivaliser durablement avec une urbanité qui par ailleurs présente des attraits considérables...

Souvent les élus, responsables locaux ou urbanistes ont une approche mathématique non qualitative de la vie de village. Un « bon village » se reconnait à une offre riche et diverse de services, d’offres culturelles ou sportives à l’attention des résidents consommateurs ; mais ce n’est pas suffisant. Il faut pouvoir leur offrir des possibilités de travail sur place ; et pour cela, la présence et l’émergence d’entreprises sont majeures.

La place des exploitations agricoles est au coeur de l’enjeu. Les agriculteurs doivent légitimement revendiquer leur contribution essentielle à la dynamique qualitative du village alors qu’on voudrait surtout les cantonner à un rôle de jardiniers ou de fournisseurs de l’industrie agroalimentaire.

Il leur faudra savoir saisir les occasions et au besoin les provoquer.