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Destinée commune« L’agriculture est le premier, le plus utile, le plus étendu et peut-être le plus essentiel de tous les arts. »

Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers. Denis Diderot, 1751.


Le trait d’union entre les textes de ce dossier n’est il pas de revenir à ce sentiment développé jadis par les physiocrates selon lequel la richesse provient de la terre et de la nature par son étendue, son renouvellement et son extraordinaire fécondité.

Paysans… toujours

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Henri Mendras* dès 1967 s’interrogeait sur le devenir des hommes de la terre de notre pays dans son ouvrage «La fin des paysans, innovations et changement dans l’agriculture française » (SEDEIS-Futuribles).

En 2010, si nous trouvons de grosses exploitations à caractère industriel, les petites et moyennes résistent encore et les jeunes continuent à s’installer. Agriculteurs ou paysans, ils cultivent et élèvent toujours.
Résistance ou adaptabilité ?

L’évolution générale de notre société à tendance industrielle et urbaine nous pousse à l’individualisme, à l’instantané et à des modes de communication virtuels. Face à cette hyperactivité permanente et à l’isolement engendré, certains d’entre nous aspirent à plus de lenteur, de respiration, de calme, de
contacts. Ainsi, dans nos pays industrialisés, nous assistons à la montée d’un désir de retour aux racines : l’exode rural du 19ème siècle fait place à l’exode urbain du 21ème où la ville représente le travail et le village la vie
familiale.

Cette dichotomie travail/famille n’existait pas dans le monde agricole. Selon Alice Barthez**, dans son livre « Famille, travail et agriculture » (Economica 1982), la relation familiale est un présupposé de la relation de travail dans les exploitations agricoles. Ce sont donc les règles de la famille qui prévalent. Aujourd’hui, l’agriculture a dû s’adapter et la relation de travail essaie de s’imposer à la logique de famille. Alice Barthez constate que, malgré tout, « ce mouvement reste inachevé ; la relation de travail reste une relation familiale ».

N’est-ce pas le secret de la pérennité de nos exploitations agricoles ? Les agriculteurs ne désarment pas malgré les difficultés. Ils défendent leur patrimoine, leur idée du travail et de la famille, leurs racines. Ils
souhaitent toujours transmettre l’exploitation à un de leurs enfants, le fils si possible, mais évoluent dans leurs relations sociales avec des
catégories de population non issues du milieu agricole. Parmi elles, il y a ceux-là même qui, fatigués du bruit trépidant des villes, aspirent à retrouver leur terroir, ceux qui partagent les bancs d’école avec leurs copains issus de
l’agriculture, ces enfants de la campagne qui poussent leurs études bien après le bac, ces conjointes qui, filles ou non d’agriculteurs, par volonté d’indépendance, travaillent à l’extérieur et contribuent financièrement au maintien de l’exploitation.

Ce nouvel équilibre entre urbains et ruraux et la demande croissante d’une relation directe entre producteur et consommateur représentent peut-être la nouvelle norme de nos exploitations agricoles. Ils nous confortent dans l’idée qu’il y a de la place pour tous et que nous avons besoin de tous.

* Henri Mendras (1927-2003)
Chercheur au CNRS, professeur de sociologie à l’IEP de Paris, conseiller à l’OFCE, fondateur et directeur de l’Observatoire sociologique du changement, membre du Conseil Economique et Social et membre de l’Académie d’agriculture. Auteur de nombreux ouvrages dont « La fin des paysans » qui suscita de nombreuses polémiques à sa publication.

** Alice Barthez
Chercheuse à l’INRA en Economie et Sociologie rurale de 1972 à 2004 puis consultant et formateur sur ces questions à Soissons sur Nacey (Côte d’Or) ville dont elle est le Maire.

Paysans… ailleurs

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La campagne russe devient de plus en plus transparente, quasi inexistante de par ses étendues arides et brumeuses. À chaque départ de famille, le pays rural perd de ses sources vitales. Mélancolie et tristesse envahissent les yeux de quiconque regarde cette terre. Pourtant la vie et l’amour de la terre y sont ancrés. Dans ces étendues de la Vologda une rencontre a lieu avec Sergey et Valérii qui nous offrent un témoignage de fierté et d’espoir.


Sergey Yshkevitch, 38 ans, producteur laitier, habite dans une commune à 450 km de Vologda. Sa force physique et son charme rendent son récit encore plus passionnant. Sergey fait partie de ceux qui se sont lancés dans l’agriculture dans les années 90, période la plus difficile. Il a créé avec un associé une exploitation sur la base d’un kolkhoze d’une superficie de 1 900 ha.
L’histoire de Valérii Arkhipov est différente. Il a connu la douleur dans sa petite enfance de rester seul avec sa grand-mère après le décès de ses parents. A 12 ans, sans ressources, il fait son chemin. Avec volonté il a obtenu un prêt bancaire pour acheter son vélo. Seul moyen de transport pour lui accessible, il a ainsi commencé à travailler comme «vacher» dans un kolkhoze.

De longues années ont été nécessaires pour créer son exploitation. Après dix années sans le moindre soutien financier, il emploie aujourd’hui 8 ouvriers agricoles et exploite un atelier de 60 vaches. Parmi les 7 exploitations créées au début des années 90, seule la sienne a survécu.

Sergey veut préserver son mode de production traditionnel et sa qualité de vie. Cela devient difficile, la plupart des agriculteurs affrontent en solitaire toutes les contraintes de la vie rurale. «Quelle que soit la
qualité de nos produits, elle n’a jamais été mise en valeur. En ce qui concerne les prix, c’est une jungle où il n’y a aucune visibilité, même pour les 3 mois à venir. Si la situation ne s’améliore pas, d’ici un an je serai obligé de passer à l’élevage intensif et moins coûteux. C’est toute ma vie, fruit d’un travail de presque 20 ans que je devrai abandonner.»


Pourtant l’agriculture restera toujours la passion de Sergey. Il garde le moral. Il y a encore l’espoir de pouvoir persévérer dans ce métier. «La campagne est à l’origine de ce qui est naturel et durable dans notre vie, en particulier dans nos petits villages russes dispersés sur d’immenses étendues et empreints de force et de liberté. La campagne forge notre vie. Si on la détruit, on perdra notre identité. Depuis la disparition de l’Etat Soviétique, on laisse disparaître ce qui avait été créé, sans reconstruire grand-chose. Aujourd’hui on a tout à faire. Mais il n’y a pas que les terres et les moyens de production. Il existe un défi beaucoup plus important à relever. Faire revenir les jeunes agriculteurs, les former, leur donner envie de cultiver la terre. Dispersés sur les grandes étendues de la région, le seul choix pour ne pas se retrouver dans une impasse est de consacrer du temps à des rencontres pour échanger, et tracer le chemin pour les plus jeunes. Cet apprentissage sans lequel l’avenir des exploitations familiales est impossible est prioritaire. Or il n’existe aucun dispositif local ou national qui favorise cet investissement dans l’Homme, son savoir faire, son métier.»


La passion de Sergey rejoint la sérénité de Valérii qui au fil du temps s’est réapproprié du savoir. Sachant trouver un équilibre entre les moyens empruntés et son propre capital, gardant la main, en restant indépendant de toute subvention, il a su maintenir le cap en période de crise. «J’ai toujours suivi la même règle : ne jamais surestimer ses moyens et être responsable de ses décisions», dit Valérii avec fierté.
Et d’ajouter : «tant que je suis là, mon village existera.» D’ailleurs pour contribuer à cette existence, Valérii a un nouveau projet, celui de reconvertir son exploitation en établissement de formation pour des étudiants agronomes et de jeunes agriculteurs qui souhaitent s’installer.

Tatiana Milenina

Tatiana Milenina

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Tatiana Milenina, doctorante au laboratoire de gestion de l’Université de Pau, mène une recherche sur le Pacte ADER et le conseil auprès des agriculteurs par comparaison avec la Russie. Pour ce faire, au mois
d’octobre, elle a réalisé un voyage dans la région de Vologda et a été accueillie par l’Association des Agriculteurs et des Coopératives Agricoles (AKKOR).

Certains disent que c’est le voyage qui compte et pas la destination, d’autres prétendent le contraire. Pour sa part, Tatiana pense que les
deux sont d’égale importance. Les huit heures nécessaires pour aller de Moscou à Vologda en train sont un temps précieux. Juste ce qu’il faut pour commencer à découvrir les mystères de l’âme russe, se sentir à nouveau chez soi.« Je crois que cette mission n’aurait pas été réussie sans cet effort de transposition des deux cultures qui m’a guidé dans mon questionnement ».

« Deux rencontres m’ont particulièrement marquée. J’aimerais vous inviter à lire les deux témoignages retranscrits en français à partir des notes prises sur le vieux carnet de mon père…
Le responsable de l’AKKOR à Vologda, Sergey Bélyakov, très intéressé par la manière dont l’ADER aborde les problématiques d’accompagnement des agriculteurs, m’a présentée à deux agriculteurs qui ont voulu partager leur expérience, me faire part de leur projet de vie. »

L’Oblast de Vologda

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La région de Vologda est située au nord-ouest de la Russie, à 500 km de Moscou. Sa superficie représente le 1/5ème de la France et sa densité est de 8,7 hab/km². La végétation est principalementde la Taïga parsemée de lacs. Le climat est rude avec 160 à 170 jours de neige par an.


Les terres agricoles représentent à peine 7 % de la surface totale. Les exploitations agricoles sont de petites exploitations familiales (5 % de la SAU), ou des entreprises issues des anciens kolkozes.
Les coopératives agricoles sont en plein essor : 33 créées en 2008. Des organisations comme AKKOR apportent conseils financiers et
juridiques à leurs adhérents.


Les produits laitiers et le beurre font la réputation de la région. L’élevage tient une place importante, mais on cultive aussi pommes de terre, céréales, lin textile, chou et canneberges...
La campagne n’est pas seulement le foyer et le centre d’activité des personnes qui y vivent (31 % de ruraux). Ces espaces ouverts, collines,
forêts, lacs et rivières offrent des possibilités récréatives et de loisirs pour les urbains.

Comment pourra-t-on nourir le monde en 2050?

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Penser Mondial - Agir Local…

Plus des trois quarts de la population asiatique et africaine travaille dans l’agriculture. En France on compte aujourd’hui 400 000 agriculteurs soit 3 % de la population active. La différence de productivité par agriculteur dans le Monde varie de 1 à 1 000. Ce qui signifie qu’un seul agriculteur produit dans des conditions optimisées 1000 fois plus qu’un autre dans les conditions les plus défavorables. En France on perd 200 hectares de terres cultivables par jour conséquence de la périurbanisation et de l’augmentation des surfaces habitables (de 26 à 40 m²/habitant de 1972 à 2006). Depuis 2006- 2007 les ventes et locations de terres agricoles dans le Monde représentent 20 millions d’hectares, soit chaque année l’équivalent des trois quarts du territoire national.
En Aquitaine, depuis 2005, un habitant sur deux vit dans les aires urbaines de Bordeaux, Pau, Bayonne. Entre 2006 et 2009 plus de 8 000 hectares par an sont sortis du giron de l’agriculture régionale. 40 % des exploitations
qui possédaient des vaches laitières en 2000 n’en possèdent plus aujourd’hui. Entre 2008 et 2009 le revenu net agricole par actif non salarié a chuté de 34 % revenant au niveau decelui de 1990. En 2009, 46 % des exploitations suivies en comptabilité par l’Ader ont eu un résultat négatif et 7 exploitations sur 10 un résultat inférieur à 10 000 euros.
Face à tous ces enjeux, plusieurs groupes de réflexion travaillent à l’avenir des agriculteurs, de l’agriculture et de l’alimentation. Citons entre autres le projet collaboratif mené par un collectif de chercheurs de l’Ifrai (Initiative Française pour la Recherche Agronomique Internationale), la récente publication d’Henri Nallet « L’Europe gardera-t-elle ses paysans ? »
et les travaux de l’Académie d’Agriculture de France sur ses réflexions sur la PAC 2013 dont la synthèse a été rédigée par Gilles Bazin, professeur de politique agricole à AgroParisTech. A lire, à l’heure où l’agriculture
dans le Monde, et notamment en France, traverse une crise grave, à l’heure où l’Union Européenne s’apprête à renégocier sa fameuse Politique Agricole Commune.

D’après l’Atlas de l’agriculture : Jean Paul Charvet, 2010 Ed. Autrement – L’Europe gardera-t-elle ses paysans ? : Henri Nallet, 2010 – Quelle PAC pour quelle agriculture européenne après 2013 - Académie d’Agriculture de France : Gilles Bazin
Mémento de la statistique agricole Agreste 2010